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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 17:30

Je le dis, je ne dis pas ? Faut-il le dire , faut-il le taire ? Est-ce une réalité ? La mienne ? Ou est-ce une situation qui se retrouve chez d'autres ?

A l'heure actuelle c'est plutôt mal vu de pleurnicher sur ses difficultés à réaliser ses z'objectifs. Faut être du côté des winneurs, des bullishs, pas des boulets. Et quand on rame faut pas le dire trop fort parce que sinon on se choppe l'étiquette de celle qui sait pas s'y prendre, qu'a pas la bosse du commerce (c'est vrai). Je déteste cette époque finalement. Et on se demande bien pourquoi il y a tant que gens qui craquent et qui n'en peuvent plus de cette course à l'image parfaite et aux objectifs atteints.

Voilà un mois que j'ai repris les marchés  : 4 marchés de centre ville, quartier bourgeois, pour un chiffre d'affaire inférieur à 80 € pour 16 heures de présence sans compter la production du safran en elle-même, ni l'entretien de la parcelle. Je me suis amusée à calculer tout compris, combien me rapportait une heure de travail dans le safran. Je suis à 4 € de l'heure. Digne de certains salaires en Allemagne ou en Chine.

Une cinquantaine de mails envoyés à des restaurateurs, des traiteurs, des cours de cuisine, des pâtissiers : 2 réponses...(sont tellement occupés ces braves gens) négatives.

Sûrement celles qui réussissent payent-elles de leur personne, se déplacent, réalisent des amuse-bouches, font goûter ? Moi je ne sais pas faire et je n'ai ni le goût, ni l'envie de forcer ma nature. Il y a déjà assez de contraintes en tout genres pour s'en rajouter une 'tite louche.

Il est naturel que le doute s'insinue à un moment donné et qu'on se demande pendant encore combien de temps on aura la patience de persévérer dans cette histoire.

Tout ça pour ça.

Je ricane des déclarations de certaine(s) productrice(s) qui vantent "le potentiel énooorme" de la filière safran. "Pensez-donc ma bonne dame : 25 kilos produits en 1 an en France. C'est tellement peu !!! Ca doit FORCEMENT trouver preneur, les restaurants, avides de produits du terroir, doivent se bousculer pour ce produit d'exception et blablabla !" Et hop, 15 stagiaires inscrits pour la prochaine session miam miam les bons sousous. On leur causera profondeur de plantation de bulbes, temps de séchage, des méchants bulbes hollandais etc...Mais peu, très peu de la formation commerciale. Là c'est chacun pour soi et Dieu pour tous (enfin pour ceux qui y croient)... Etrange, n'est-il pas ?

Revenons à la filière "restauration" : fatale erreur. Procédez par élimination : prenez les restos autour de vous et ne gardez que les bons voire les très bons et les chers, les vraies Tables quoi. Déjà il n'y en a pas tant que ça... Ensuite retirez ceux dont le chef n'a rien à secouer du safran (la majorité), ceux qui ont déjà un fournisseur (ah ! les vraies commerciales qu'ont su se vendre...), ceux qui vous trouvent trop cher malgré tout...même s'ils disent aider le local quand ils causent dans les journaux. La foule se presse déjà moins au portillon. 

Après tout ça vous vous dites forcément "Mais comment vais-je bien faire pour écouler tout ce beau safran ? Y aura t-il quelques clients providentiels ? Quelques zorros qui s'ignorent encore ?". Mais à ces questions, aucune réponse, que l'écho de votre voix...  

Bon j'arrête parce que cet article est décidemment bien aigrelet. Déchirée que me voilà entre volonté de franchise et amour propre.

Futurs safraniers réfléchissez à tout ça et surtout ne claquez pas 700 € de stage... 

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Published by Sandrine MAZUEL - BRISSARTHE (49)
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commentaires

Sandrine MAZUEL - BRISSARTHE (49) 30/04/2014 19:50

Bonsoir Laurence et grand merci pour cette franchise (c'est suffisamment rare dans le petit monde des safraniers pour être souligné)et cet état des lieux très fidèle à la réalité quant aux diverses
strates d'états d'âme par lesquels on peut passer suivant que se succèdent les différentes étapes de l'"aventure": enthousiasme et énergie débordants, optimisme débridé, patience, perplexité,
découragement, auto-dénigrement puis fort heureusement "auto-digestion", mise à distance et prise de décision de passer à autre chose. Sans que ça chagrine plus que ça finalement... On est venus,
on a vu et on n'a pas vaincu. "Et alors ?" dirait l'autre. On n'est pas une wineuse ? Bon bah tant pis, on laisse ça à celles qu'aiment ça et pis c'est tout... On aura au moins appris quelque chose
sur soi-même, ce qui n'est déjà pas si mal. Et puis il paraît que les premiers seront les derniers.
Et comme vous le dites si bien, quel soulagement quand tout sera terminé !!! Retour à la vie légère et insouciante ! "Rien que du bonheur" comme ils disent sur M6... Pour les bulbes, je vais
essayer de vendre, je vais sûrement en donner aux gens que j'aime bien et le reste finira au feu... Et basta.

Là où c'est plus problématique c'est quand on s'est laissé(e)s happer par le chant des sirènes et qu'on y laisse la chemise. Et là, certaines sirènes ont une sacrée responsabilité !

Amicalement.
Sandrine

Laurence S. 30/04/2014 11:50

Sandrine, comment dire à quel point votre message me parle!?
Pour nous l'aventure du safran a commencé il y a 4 ans avec une petite safranière de 2000 bulbes. L'an dernier nous étions fiers de notre belle récolte. Le cauchemar a commencé avec la
commercialisation. Comme vous démarchage auprès de restaurateurs (nantais la plupart, charentais pour les autres), nous avons même été jusqu'à envoyer des échantillons de notre safran (soyons fous)
et surprise : RIEN, pas même un p'tit merci mais ça ne m'intéresse pas. Il a fallu appeler ces grands et moins grands chefs de nombreuses fois pour s'entendre dire : votre safran est super mais
j'en ai déjà, trop cher, rappelez moi car pas eu le temps de le tester (après avoir rappelé 4 fois toujours pas eu le temps de le tester). Nous en avons laborieusement vendu quelques grammes à des
particuliers puis à un chef nantais mais quelle énergie dépensée, quel temps perdu (je précise que par ailleurs nous avons un travail à temps plein). Alors si je fais la somme de tout ce que ça
nous a coûté depuis le stage (pas à 700 euros ouf!) l'achat des bulbes, le flaconnage, un stage à la chambre d'agriculture, la paperasse auprès des impôts et de la MSA, le temps passé à l'entretien
de la parcelle, sans parler des coup de déprime aujourd'hui ma question est : est-ce que cela en vaut la peine, oui vraiment ai-je envie de courir après des restaurateurs qui n'ont même pas un
minimum de savoir vivre (comment étaient-ils lorsqu'ils ont débuté eux?), d'expliquer à des particuliers qu'il faut tant de filaments par personne pour justifier le prix exorbitant du safran
français, etc etc. Après être passée par tous les stades d'auto-dénigrement et de découragement, ma réponse est NON. Il y a un moment où il faut savoir accepter l'échec et passer à autre chose.
Nous ne sommes décidément pas fait pour le commerce. En juin nous arracherons nos bulbes et essaieront de les vendre (euh de les donner peut-être?) et ce sera vraiment un grand soulagement de ne
plus se mettre la pression. Et à nous les vacances, lectures, jardinages, paresse tout ce à quoi nous avons renoncé pour "l'or rouge"!!
Bon courage à vous,
Laurence

Sandrine MAZUEL - BRISSARTHE (49) 17/04/2014 12:09

Merci beaucoup, c'est très sympa...

Michael 17/04/2014 12:00

Bonjour Sandrine, J'ai croisé Dominic la semaine dernière. Lui ai parlé de toi. Il n'a pas de producteur de safran. Il est intéressé. N'hésite pas surtout ! Le nom du resto : Pickles.... A toi de
jouer

Sandrine MAZUEL - BRISSARTHE (49) 16/04/2014 18:18

Merci chers camarades, vos commentaires me font plaisir en ce petit coup de mou effectif... Mais il en faudra un peu plus pour me saper c'beau printemps ! Car s'il y a des marchés pourris, il y en
a aussi d'autres sympas (celui de ce matin par exemple) qui fait re-rentrer du positif dans ce broyage de noir... Le problème est qu'on ne sait pas qu'il sera bon...avant de l'avoir fait. Ceci dit,
peut-être qu'un changement de stratégie serait salutaire.

Merci pour le tuyau de Nantes ! Même si, s'il cherche du local vraiment local, il va trouver assez vite. Ceci dit ça ne coûte rien d'essayer.
Amicalement votre.

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  • Aime le bon vin, les gens (mais pas tous), Desproges, les Monty Python. Pas tjrs bien embouchée. Pessimiste sur l'avenir de l'espèce humaine, notamment sa capacité d'intelligence et d'humanité. Réfugiée rurale pr profiter des derniers oiseaux.
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Vous voulez vous lancer dans la production de safran ? Alors ce blog s'adresse directement à vous en vous présentant la "mariée telle qu'elle est"... Ni photoshoppée, ni fantasmée.

 

Un léger contraste avec le joli conte de fées présenté par les médias et certain(e)s safranier(e)s en somme...

 

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