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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 09:47

Cet article s'adresse surtout aux personnes qui viennent d'avoir l'idée fulgurante de se lancer dans la production de safran. Mais les autres vous pouvez rester quand même.

 

Comme j'y ai fait allusion à plusieurs reprises, il y a donc 2 métiers sous-tendus dans la production de safran. Le volet "culture" en lui même : huile de coudes, plantation, gratter la terre, petits oiseaux, bon air, retour à la terre (d'autant plus apprécié qu'on fait partie des néo-ruraux en quête de sens ; ronchonnez pas, j'en suis aussi...), rats, limaces, récolte, fleurs tout ça tout ça... En gros tout ce qui fait le bonheur des reportages à la JP Pernaut sur la télé de maçon. Disons le tout net c'est le côté folko de la chose et à la fois une réalité. Le volet sympa qui a quand même le mérite d'exister, on ne peut le nier.

Et puis il y a le métier auquel les gens qui se lancent là dedans n'ont pas forcément réfléchi (car c'est le volet culture qui attire souvent en premier lieu) : le métier de commercial(e).

J'ai hésité à appeler cet article "Vivre du safran" et à me lancer dans ce sujet propice à polémiques. 
Mais allez ! Quand même un petit apparté...
Je me souviens parfaitement de l'exaltation qui m'est littéralement tombée dessus il y a bientôt 3 ans lorsque, à l'écoute d'une émission de radio, j'entendis cette (grosse) productrice dresser un tableau si idéal de son activité... Bon sang mais oui !!! C'est ça que je veux faire !!!! C'est si évident ! Gratter la terre aux chants des oiseaux sans avoir à se former trop... Un kilo produit = 30 000 € de revenus.
Je monte cette affaire, je démissionne après plus de 20 ans de bons (?) et loyaux services et vogue le navire !
Je me souviens en avoir même perdu le sommeil pendant plusieurs nuits tellement cette révélation m'a chamboulée.

Puis les neurones refroidissent... Et moi qui me vantait d'un solide esprit cartésien et d'une tête plutôt bien accrochée sur les épaules, je me suis rétrospectivement dit qu'on pouvait envoyer valdinguer ce qu'on avait construit simplement parce que quelqu'un, à un instant T, dit exactement ce qu'on a envie d'entendre. Ca m'a fait penser (toute proportion gardée évidemment) aux personnes qui se laissent embarquées dans un mouvement sectaire, ça peut aller très vite et même si on est quelqu'un de plutôt solide.

Alors on se renseigne. Et on découvre petit à petit...

Que certes cette dame vit très très bien de son safran (et tant mieux pour elle) mais qu'elle ne représente qu'elle-même ou quasiment (à 2 ou 3 exceptions près).

Qu'elle forme moyennant finances les aspirants safraniers, et qu'elle a donc tout intérêt à présenter un tableau sans aspérités et qui résonne fantasmatiquement très fort chez des gens au creux de leur vie professionnelle et en quête de changement radical. Et Dieu sait s'il y en a !!!!!

Que les gros producteurs (1 kg et plus) sont dans l'incapacité actuelle d'écouler toute leur production...

Que certains safraniers qui comptaient en vivre ont investi énormément d'argent dans l'achat de bulbes et se retrouvent ensuite à tirer le diable par la queue...

Alors on se dit que finalement la démission n'est pas pour tout de suite. Qu'on va faire un peu de rab pour les 20 prochaines années.

Et comme on repense quand même à ce propos d'Oscar Wild dans "Le portrait de Dorian Gray":"Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais". On se dit qu'on va quand même essayer simplement en visant un petit complément de revenus et on se lance dans "l'aventure safran".

On rentre alors dans la petite communauté assez fermée des centaines de gens qui comme vous en France s'y sont mis aussi, chacun à son niveau et chacun se disant secrètement qu'il réussira là où d'autres ont échoué passsqu'il est plus malin. Orgueil quand tu nous tiens ! Il n'est que de constater que les quelques échanges sur la toile entre safraniers sont surtout le fait de personnes novices dans l'affaire. La maxime des autres pourrait être "Pour vivre heureux (?) et safraniers, vivons cachés"...

Certains disent qu'il y aura de la place pour tout le monde et d'autres que la multiplication de la concurrence rendra la vente de plus en plus difficile. Pour l'instant personne ne peut dire lequel de ces 2 pronostics sera le bon... Rien que dans un périmètre de 20 km autour de chez moi, j'ai appris que 3 personnes supplémentaires avaient des velléités d'installation. J'avoue que ça me tracasse un peu.

Donc pour écouler son safran il faut trouver des niches. C'est le casse-tête des gros producteurs. Pour ma part, ayant une petite production, j'ai choisi les marchés. C'est assez contraignant mais aussi plus intéressant car on est au contact direct des consommateurs et en matière de safran la pédagogie est essentielle.

Alors retour aux marchés après cette digression. Et bien c'est extrèmement variable et alléatoire. Comme toute activité commerciale me direz-vous ! Parfois on vend bien, parfois pas trop mal et puis parfois c'est la cata, la vente couvre à peine les frais d'essence. Sans compter qu'on s'est caillé les miches pendant 3 heures. A titre indicatif je fais donc en moyenne une trentaine d'euros de bénéfices par marché. Et je suis encore toute seule ! C'est ce genre d'informations qu'il me semble utile de diffuser. Même si on peut me rétorquer que d'autres font plus passsqu'ils sont plus malins ou que leur étal est plus joli ou la gamme de produits transformés plus variée, ce qui est tout à fait possible...

On est complétement tributaire de la curiosité des gens. On peut convaincre quelqu'un qui s'arrète à son stand mais il faut bien reconnaître que l'immense majorité des gens ne fait que passer. Ou alors peut-être faudrait-il aller les chercher, faire goûter les produits et accepter de ce fait la perte des produits dégustés. Je ne sais pas...

Je vais expérimenter prochainement les marchés de Noël. Du jamais fait encore.

Pour ce qui est de trouver des restaurateurs intéressés ou de se rapprocher des AMAP, mes tentatiives n'ont rien donné...

J'en suis encore à un stade où je découvre les choses, les bonnes et les mauvaises et j'avoue que c'est ce qui me fait avancer, la découverte et la curiosité. J'espère que cette dynamique m'habitera encore longtemps et qu'effectivement il y aura de la place pour tout le monde.

En attendant j'espère aussi que cet article pourra apporter des réponses ou au moins un éclaircissement à des gens qui ont ce type de projet et qui n'ont vu pour l'instant que la version folklorisée des reportages qu'on peut trouver ici et là. 

Investissez une somme que vous êtes prêts à perdre. Simplement parce que l'expérience vous intéresse.

Un peu comme quand on s'achète un billet pour faire le tour du monde... 

 De toute façon l'avion est dépassé ! Restez chez vous, c'est meilleur pour la planète et faites du safran si ça vous chante !

Et comme ces 2 derniers articles manquent un peu de photos, l'enchaînement est tout trouvé.

En hommage à tout ce peuple magnifique qui s'est déplacé à la très belle manif du 17 !! C'est moi qui l'ai faite avec mes p'tits doigts.

 

NDDL-001.jpg

 

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Published by laptitesafranieredanjou
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commentaires

laptitesafranieredanjou 20/11/2012 23:14

D'après ce qu'on dit le safran a des vertus antalgiques, anti-dépressives et, il parait, aphrodisiaques...et plus à en lire certains autres mais n'en jetons, plus la barque est pleine ! Vanter ces
propriétés culinaires est déjà pas mal, ça fait cher le traitement anti-dépresseur.
Bises à toi.

marino 20/11/2012 17:02

Safraniers/Plasticiens même combat!!!
dur, dur....et le muguet (en plus) , les chrysanthèmes en novembre????????
courage, courage...ne fuyons pas!
et on sait jamais le hasard des rencontres....
le safran ça guérit quelque chose? car l'herboristerie ça marche sur les marchés dans mon coin...
bisous, bisous

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  • Sandrine MAZUEL - BRISSARTHE (49)
  • Aime le bon vin, les gens (mais pas tous), Desproges, les Monty Python. Pas tjrs bien embouchée. Pessimiste sur l'avenir de l'espèce humaine, notamment sa capacité d'intelligence et d'humanité. Réfugiée rurale pr profiter des derniers oiseaux.
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Vous voulez vous lancer dans la production de safran ? Alors ce blog s'adresse directement à vous en vous présentant la "mariée telle qu'elle est"... Ni photoshoppée, ni fantasmée.

 

Un léger contraste avec le joli conte de fées présenté par les médias et certain(e)s safranier(e)s en somme...

 

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